11 - Le charbon. Une ressource énergétique d'avenir ?

Le rythme de la production de charbon en France est considérablement ralenti par la seconde guerre mondiale : l'exploitation par les occupants a lieu sans véritable souci d'entretien des équipements, avant d'être, pour une part, détruits et inondés.
Au lendemain du conflit, les mineurs participent eux aussi au relèvement de l'industrie et de l'économie du pays.
Les retards techniques issus de la crise économique et de la guerre sont importants : les houillères établissent un considérable programme de modernisation pour essayer de retrouver la production antérieure au conflit, avant d'être rapidement concurrencées par dautres sources d'énergie (pétrole, gaz et nucléaire) ; ce programme aboutit en 1946 à une reprise spectaculaire de la production (extraction de plus de 47 millions de tonnes).
Par décret du 24 février 1959, Louis Armand est nommé président du conseil dadministration des Houillères du bassin de Lorraine (HBL). Dans ce bassin minier le plus riche de France, le défi est grand : Louis Armand sait qu'il s'engage dans une bataille perdue, celle d'une source d'énergie qui n'est plus plébiscitée. Il n'ignore pas non plus qu'il prend la tête d'un groupe qui accuse 3 800 millions de francs de déficit dans son compte de résultats 1958. Trois mois après sa prise de fonction, il connaît la catastrophe de Sainte-Fontaine à Freyming-Merlebach : 26 morts après un coup de grisou.
Mais 15 ans après la fin de la seconde guerre mondiale, de nouvelles sources d'énergie le pétrole et le gaz sahariens, l'oléoduc de Strasbourg ou le charbon polonais (la France exporte de lindustrie mécanique que la Pologne ne sait payer qu'en charbon) concurrencent vivement le charbon français. Sans occulter les menaces sur le charbon lorrain, Louis Armand s'efforce de rassurer les parlementaires mosellans lors d'une réunion à Hombourg-Haut le 28 septembre 1959. En Lorraine, 200 000 personnes vivent du charbon à la fin des années 1950.
Louis Armand, conscient de l'enjeu énergétique mondial, prépare ses interlocuteurs à des orientations difficiles à l'occasion des conseils d'administration des HBL de 1959 à 1964. Avant le tout nucléaire consécutif à la guerre du Kippour (1973), le choix politique du tout pétrole est fait. Lors du conseil d'administration du 26 juillet 1960, Louis Armand informe les administrateurs que le ministre de tutelle, Jean-Marcel Jeanneney, a décidé de limiter drastiquement la production de charbon à 13,5 millions de tonnes.
Les mineurs n'entendent pas être sacrifiés sur l'autel de choix énergétiques qui les dépassent. En 1963, Louis Armand connaît la redoutable épreuve de la grève de tous les mineurs de Lorraine les jaunes (fer) comme les noirs (charbon).
Arrivé au terme de son mandat, il n'en demande pas la reconduction et l'annonce au conseil d'administration du 20 février 1964.