2 - Trois abbayes cisterciennes en Haute-Savoie : Aulps, Bonlieu et le Lieu

L'ordre de Cîteaux se diffuse rapidement et de nombreux monastères sont fondés dans toute la Chrétienté. La Savoie accueille dès la première moitié du XIIe siècle dix abbayes dont quatre sur l'actuel territoire du département de la Haute-Savoie. Les initiatives de fondation sont souvent méconnues : une création ex nihilo résulte souvent d'une collusion entre religieux (qui fournissent le noyau de moines indispensables) et la noblesse locale (propriétaire de droits et de terres) ; la transformation d'un établissement bénédictin en cistercien suppose, quant à elle, la question de l'adhésion de la communauté primitive.


L'abbaye Sainte-Marie d'Aulps

En 1095, un groupe de religieux, avec à sa tête le moine Guy, quitte Molesme pour s'installer dans la vallée de la Dranse, au lieu-dit Aulps.
L'établissement fondé gagne peu à peu son autonomie : en 1120, le successeur de Guy, Guérin, obtient du pape la totale indépendance de l'abbaye. Elle est unit en 1134 à l'abbaye de Cîteaux, ce qui lui vaut, l'année suivante, la visite de Bernard de Clairvaux.
La construction des bâtiments du monastère et de l'église commence avec le successeur de Guérin, au milieu du XIIe siècle.
Aulps connaît alors une période de prospérité due à de nombreuses donations essentiellement du comte de Savoie, Humbert II. Elle possède ainsi des terres dans le Chablais, en Faucigny et en Genevois. Elle essaime même en 1121 en fondant l'abbaye d'Hautecombe.

Mais le siècle suivant est pour le monastère une période trouble du fait de nombreuses querelles entre les moines et leurs anciens protecteurs, les seigneurs d'Allinges et de Rovorée, puis entre l'abbaye et les chanoines d'Abondance et enfin avec les habitants du pays. Dans le même temps, on assiste à un certain relâchement de la règle et des mœurs.
De plus, la pratique de la commende, permettant à la papauté de tirer des bénéfices lors de l'élection abbatiale et consistant en la concession d'un bénéfice à un ecclésiastique, se traduit souvent par la non résidence de certains religieux et marque un déclin pour l'abbaye.
La visite de François de Sales, en 1606, ne peut rien y changer.
Le pillage lors du passage des Vaudois en 1689, un incendie au début du XVIIIe siècle, ainsi que le comportement d'un prieur malhonnête entraînent la déchéance de l'abbaye.

La Révolution française, en 1792, marque la suppression de ce monastère, qui ne comportait plus que six religieux.

En 1823, l'église abbatiale est détruite afin de permettre la reconstruction de l'église de Saint-Jean-d'Aulps détruite par un incendie.