1 - Avant l'Académie florimontane

Des origines lointaines
Le mot Académie désigne un jardin planté d'oliviers et de platanes, à l'ouest d'Athènes. Il se serait appelé ainsi du nom d'un de ses propriétaires, le héros Akadémos.
Platon (vers 427 ; 347 avant J.C.) possédait une propriété dans les environs et venait régulièrement expliquer sa doctrine à ses disciples. Par extension, le nom d'Académie est donné à son école et à sa doctrine, puis à toute société organisée de savants, poètes ou artistes.

En France, dès le Moyen Âge se développent des sociétés littéraires, tels les cours d'amour, les puys poétiques et les chambres de rhétorique. Ainsi, en 1323, sept troubadours toulousains fondent le Consistoire du Gai Savoir, ancêtre de l'Académie des Jeux Floraux (1694).

À l'imitation de l'Académie de Platon, se créent, en Italie et en France à la Renaissance, période où l'Antiquité est remise au goût du jour, des académies, véritables sociétés d'érudits, groupements littéraires qui constituent des sources d'inspiration pour l'Académie florimontane.

Un exemple français à l'époque moderne
Si la fondation de l'Académie française par le cardinal de Richelieu remonte à 1635, l'Académie de Fourvière, dite l'Angélique, aurait brillé à Lyon vers 1540-1560, sous l'impulsion de Maurice Scève et de Louise Labbé.
L'Académie du Palais est fondée en 1570 par le poète Jean-Antoine de Baïf avec l'appui de Charles IX. Menacée à la mort de ce prince, elle est restaurée par Guy du Faur de Pibrac en 1576. Henri III s'en déclare protecteur et veut qu'elle siège au Louvre. L'Académie se réunit jusqu'en 1584.
Cette dernière a pu servir de modèle à l'académie annécienne, car Del Bene a été membre de ces deux académies. Elles présentent toutes deux de troublants parallèles : placées sous la protection de leurs princes, le roi de France et le duc de Genevois-Nemours, elles exigent que les nouveaux soient présentés avant d'être admis ; elles possèdent un registre d'inscription et chaque membre doit faire usage d'une devise.
Il est ainsi légitime de penser que les constitutions de Baïf ont été connues des deux fondateurs de la Florimontane ; or, sachant que Baïf a trouvé son inspiration en Italie, ces deux académies pourraient avoir comme modèle commun les académies italiennes.

Les influences italiennes
Elles fleurissent dès le XVIe siècle par exemple à Saluces, à Casal, à Novare, à Asti ou encore à Turin, où l'Académie papinienne remonte à 1573. Des liens de parenté existent entre elles et l'Académie florimontane présente des ressemblances précises avec elles.
Le terme florimontane est ainsi choisi parce que « les muses fleurissoyent parmy les montagnes de Savoye ». L'inspiration italienne se fait sentir, dans ce qualificatif autant que dans l'idée qui conduit à sa découverte : les Argonauti de Casal cultivaient la poésie maritime ; quant à l'Académie papinienne, dont l'objet était l'étude des sciences juridiques, elle s'était placée sous les auspices de Papinien, un des plus grands jurisconsultes romains.
De même la Florimontane est pourvue d'un emblème, d'une devise et propose un programme d'études ; ses membres disposent de noms et elle est placée sous la protection d'un prince, sur le modèle de ses sœurs italiennes. Elle organise des assemblées générales au cours desquelles elle convie « tous les braves maistres des arts honnestes », enfin, le candidat à la Florimontane doit « faire preuve de sa doctrine et capacité, ou par escrit ou par parolle, ou en prose ou en vers, devant les Académiciens ».