12 - Des commandes prestigieuses pour des châsses d'exception
Entre 1798 et 1935 le dictionnaire de l’Académie française n’a pas enregistré de changement dans la manière de qualifier un reliquaire : c’est une « sorte de boîte, de coffret, de cadre, etc. où l’on enchâsse des reliques » – donc « ce qui reste d’un saint après sa mort » suivant le même dictionnaire.

Entre ces deux dates ont été, à la fois, commandés, fournis et transférés les reliquaires destinés à recueillir les restes de saint François de Sales et de sainte Jeanne de Chantal. Et on peut penser que le prestige des reliques a conditionné la commande de reliquaires à leur mesure.

Or le premier fait frappant, à leur égard est que le transfert solennel de 1911 n’a pas entraîné la réalisation de nouveaux reliquaires ; ce sont ceux, respectivement réalisés en 1826 et 1828, par l’orfèvre Jean-Charles Cahier qui ont été transportés de l’église de la rue Royale vers la crypte de la future basilique de la Visitation.

Pour la double commande initiale, Cahier – qui avait réalisé, notamment, des pièces pour les chapelles de Napoléon Ier mais, également, des instruments pour le sacre de Charles X – a produit deux châsses à la fois parfaitement adaptées au goût de l’époque et uniques dans sa production – ce sont, aussi, ses ultimes réalisations avant sa faillite. Il recourt, pour ce faire, au vocabulaire propre au néo-classicisme du début du XIXe siècle : acrotères – les ornements des angles, dans la partie supérieure –, palmettes. La commande fut passée en deux temps : la châsse de saint François fut offerte la première par Paul-François de Sales et celle de sainte Jeanne vint ensuite – offerte, elle, par la reine Marie-Christine dont les grandes armoiries et le monogramme ornent à la fois le fronton et les angles de la construction de vermeil.

On peut s’interroger sur le choix de Cahier. Reconnu comme ultra sous la Restauration, il avait travaillé, déjà, pour les Bourbons ; on connaît, notamment, un ostensoir pour la ville de Cagliari, offert par Louis XVIII à la ville où reposait son épouse, Marie-Joséphine de Savoie.

Le choix de l’orfèvre n’est jamais un hasard pour des commandes comme celles-ci ; ainsi pour les deux sarcophages actuels, commandés dès 1930 à l’orfèvre lyonnais Amédée Cateland.

 Les reliquaires, en plaques de cuivre émaillées, ont pendant quelques temps, voisiné avec les châsses grandioses de Cahier. Or tout les différencie : leur matériau, beaucoup plus économe, leur mise en œuvre aussi, resserrée non plus sur les corps eux-mêmes mais sur deux visages et deux paires de mains orantes.

Cateland, comme Cahier, avait l’expérience de commandes prestigieuses : il a réalisé le reliquaire du cœur du curé d’Ars, le reliquaire papal de sainte Bernadette et celui de Claude de la Colombière, à Paray-le-Monial. C’est de ce dernier que les deux châsses de la Visitation paraissent les plus proches ; dans un esprit de décantation formelle et spirituelle – les visages relèvent presque de l’art de l’icône et rejettent le naturalisme de la châsse de la Colombière. 

Le programme des fêtes de la Neuvaine d’août 1930 rappelle que « lorsque nous nous trouvons auprès d’une sainte châsse […] le saint prie pour nous, avec nous ». Or c’est bien comme une méditation silencieuse que semblent avoir été conçues les deux châsses de Cateland, aboutissement symbolique des festivités de 1911.