11 - Statistiques et opinions sur la translation du 2 août 1911
Il est difficile d’évaluer le nombre de pèlerins présents lors de cette translation. Le chanoine Lavorel, dans sa Relation des fêtes d’Annecy le 2 août 1911, estime qu’au cours de la procession 84 000 personnes auraient participé à la fête du 2 août à Annecy. 

Une autre source, celle du cabinet du préfet de la Haute-Savoie, indique que, lors la procession du 2 août, environ 25 000 personnes étaient présentes dont de nombreux évêques et personnalités.

L’Avenir savoyard, organe des sociétés républicaines, dans son journal du 10 août 1911 raille le chiffre annoncé par les cléricaux : « la vérité exige que nous disions que 20 à 25 000 pèlerins suivaient la procession, et que 20 à 30 000 personnes la regardaient passer ». Après la déduction de 18 000 femmes et de 1 000 prêtres et enfants qui auraient participé à la translation, comme clou de la fête, 6 000 pèlerins […] c’est peu ! ».

Les bulletins paroissiaux nous informent sur la participation des fidèles et témoignent du rôle mobilisateur du clergé. Dans le numéro d’août 1911 de L’Écho de Chessenaz, le curé Charrière, rappelle le déroulement de la journée du 2 août et conclut : « Notre petite paroisse de Chessenaz fut largement représentée à ces fêtes, et nous sommes persuadés que tous ceux qui eurent le bonheur de voir ces choses si consolantes en garderont un souvenir long et précieux ».

Mais ces festivités sont loin de susciter l’adhésion et l’unanimité des Haut-savoyards comme en témoigne un article du 3 août 1911 de L’Avenir savoyard : « Les fêtes se sont déroulées sans aucun enthousiasme et dans une froideur, signe des temps présents. Il y a quelques années c’est à genoux que les fidèles se seraient prosternés au passage des châsses et ce n’est pas le chapeau sur la tête qu’ils auraient reçu les bénédictions ». Ce journal dénonce également le fait que ces translations soient aussi une manifestation politique : à cette occasion, la nouvelle section de l’Action française d’Annecy a révélé son existence et fait vendre un journal par les Camelots du Roi, propagandistes du mouvement. L’Avenir savoyard conclut« le spectacle d’aujourd’hui est une preuve que ceux qui croyaient en avoir fini avec l’Eglise et ses simagrées se sont fameusement fiché le doigt dans l’œil ».

Ces propos incitent le curé Amoudruz du Petit-Bornand à réagir : pour lui, au contraire « ce qui fait notre joie [c’est] que la Savoie reste toujours la CATHOLIQUE SAVOIE ».