3 - Les Constitutions

Dans la préface de la vie de son oncle, Charles-Auguste de Sales présente les différentes sources dépouillées pour la rédaction de l'ouvrage et n'en cite qu'une seule relative à l'Académie : les « Statuts ou Constitutions », dont il n'a consulté qu'une copie sur papier, probablement rédigée en latin. Ces constitutions ayant été peu diffusées, on peut imaginer la volonté des membres de grouper autour d'eux un cercle de familiers et d'amis pour échanger des idées, disserter sur des sujets littéraires, scientifiques ou au goût du jour. Les constitutions restent donc manuscrites jusqu'à ce que Charles-Auguste en fasse l'édition certainement intégrale, en latin d'abord, puis il en a donné une traduction en français.
Ces constitutions comprennent trente-six articles qui nous permettent de mieux connaître cette académie et notamment son objet principal : « l'exercice de toutes les vertus, la souveraine gloire de Dieu, le service des serenissimes Princes et l'utilité publique ». Aussi, est exclu de la compagnie, celui qui n'est pas « gens de bien et docte » et l'académicien ne doit faire preuve de « legereté d'esprit [&] quelque petit qu'il puisse estre ».

La création de l'Académie, on l'a vu, est le fruit de l'amitié qui unit François de Sales et Antoine Favre, le résultat de leurs pensées communes et les statuts le résultat de leurs intime collaboration. On retrouve d'ailleurs dans les Constitutions des éléments relatifs aux préoccupations humaines et littéraires de l'évêque mais aussi à l'esprit méthodique, rigoureux et pratique du jurisconsulte.

Ainsi, à côté des préceptes moraux, on trouve des préceptes littéraires, « on traitera de l'ornement des langues, et surtout de la françoise », tout en proscrivant le pédantisme avec sévérité : « le stil de parler ou de lire sera grave, exquis, plein et ne ressentira en point de façon la pedanterie ». On sait que François de Sales s'est élevé avec force contre l'affectation dans le langage et le style.
De même, l'influence du magistrat se ressent à travers ses constitutions, mais certainement de façon moins flagrante que pour l'homme d'Église. Par leur forme les constitutions sont directement inspirées d'anciens textes juridiques du droit romain. Tout porte à croire que François de Sales a chargé Antoine Favre de leur rédaction, preuve de confiance en son talent et en sa science et témoignage de son amitié. De plus, Favre connaissait déjà l'expérience d'académicien, puisqu'il avait fait partie à Turin de l'Académie papinienne.