3 - Haute-Savoie : terre d'orphelins et d'accueil des enfants victimes de la guerre

En Haute-Savoie, comme ailleurs, les enfants participent à l'effort de guerre. Ils sont mobilisés dans les usines comme aux champs.

À Sciez, par exemple, dans une enquête lancée dès 1914 par le ministère de l'Instruction publique, l'instituteur rapporte que « les enfants ont apporté une aide très appréciable dans les travaux de la moisson, l'arrachage des pommes de terre, la vendange, la cueillette des fruits, la garde du bétail. Plusieurs mères de famille ont été heureuses de me rapporter que leurs enfants, nos écoliers, s'étaient conduits comme de petits hommes, s'efforçant de rendre moins cruelle et moins préjudiciable l'absence du papa mobilisé ».

À Annecy, à l'ouvroir municipal à l'hôtel de ville, ce sont les filles qui, plus particulièrement, participent à l'effort de guerre en accompagnant les femmes dans les travaux de tricot ou de couture (ourlets, rapiéçage), dans la confection de pansements pour les hôpitaux.

Bien que département de l'arrière, et de surcroît très rural, la Haute-Savoie subit pour autant les restrictions alimentaires et les jeunes haut-savoyards reçoivent eux aussi des cartes individuelles d'alimentation délivrées par le maire de leur commune.

Tout au long du conflit, la Haute-Savoie accueille un grand nombre de personnes sur son territoire, surtout des femmes, des enfants et des personnes âgées, venues chercher refuge. Ils fuient les départements du Nord et de l'Est de la France devenus des champs de bataille. Il s'agit aussi de rapatriés, chassés par les troupes allemandes, qui passent par la Suisse et arrivent à Évian, Thonon ou Annemasse. Ces villes leur viennent en aide, avec l'appui d'organisations charitables, à l'image d'Évian qui installe une pouponnière dans son casino.

La Haute-Savoie accueille également des réfugiés qui viennent de l'étranger, comme les populations serbes ou belges, chassés de leur pays par les combats. Du début de l'année 1916 à la fin du conflit, Annecy accueille ainsi près de 200 Serbes. Les plus jeunes sont pris en charge par les lycées, notamment le lycée Berthollet.

La Haute-Savoie se préoccupe aussi du sort des orphelins de guerre. Lors de la séance du 2 mai 1916, le conseiller général Émile Goy déclare : « Du fait de cette guerre que nous n'avons pas voulue, que l'orgueil et l'ambition de l'Allemagne nous ont imposées, par reconnaissance des services rendus, par souvenir de leurs pères morts pour la France, notre affection ira d'abord aux orphelins, que la guerre a laissé sans foyer. C'est pour eux que nous ouvrirons notre orphelinat ». Au lendemain du conflit, ce vœu voit sa réalisation avec l'installation par le Conseil général d'un orphelinat départemental dans les locaux vacants de la chartreuse de Mélan à Taninges. L'établissement ouvre officiellement le 1er octobre 1923.