3 - Du protectionnisme sarde au marché libéralisé 1860
La prédominance des activités agropastorales, les difficultés de transport, la paralysie des activités l’hiver et le protectionnisme freinent en partie l’essor de l’économie savoyarde. Certaines industries s’implantent et prospèrent, mais la faiblesse du marché intérieur, les coûts de production élevés et le manque de capitaux handicapent la croissance. 

Dans le cadre des réformes libérales entreprises par le roi sarde Charles-Albert (1831-1848), une politique de modernisation des voies de communication vise à mettre en valeur une province-carrefour et faciliter les échanges commerciaux. L’épopée du chemin de fer commence en 1838-1839 et dynamise l’économie. Malgré la crise européenne de 1848, la relance est amorcée. 

En 1860, l’entrée dans l’espace politique et économique français paralyse une partie de l’industrie savoyarde, peu concurrentielle. La « grande dépression » européenne des années 1870-1890 renforce le marasme. Les secteurs dynamiques renvoient à un afflux de techniques et de capitaux extérieurs, qui engendrent une perte d’indépendance. Le réseau ferré en est une illustration. Pourtant, il représente aussi un réel effort de l’Empire en faveur de l’équipement des deux Savoie en infrastructures modernes. 

Une zone franche est au cœur de l’ouverture des marchés. En Chablais et en Faucigny, le plébiscite des 22 et 23 avril 1860 se solde par une forte majorité de bulletins « oui et zone ». Les territoires dont le commerce est principalement tourné vers Genève, tiennent à préserver le privilège des franchises menacé et déjà octroyé au Pays de Gex en 1815. Ainsi, la taxe sur les matières premières diminue à la sortie comme à l’entrée du territoire. Les « zoniens » bénéficient aussi du dégrèvement de certaines marchandises provenant de l’étranger comme le tabac, les cartes à jouer ou les allumettes.