5 - Capitalisation et conséquences de l'ouverture au marché français 1860
Signes d’un développement économique et d’une prise de conscience des risques, les assurances et les mutuelles se multiplient. Les conseils aux agriculteurs et aux industriels se développent par la presse et la publication de brochures spécialisées.

Des capitaux sont réintroduits dans les circuits économiques régionaux par la création, en 1851, de la Banque de Savoie. Succédant à la Banque d’Annecy (créée en 1840), elle émet des billets et contribue à financer l’industrie locale. Ainsi à l’Annexion, la Banque de Savoie concurrence la Banque de France, mais disparaît en 1865, victime du monopole de cette dernière. Napoléon III est par ailleurs soucieux d’implanter sur le territoire des caisses d’épargnes, qui « assurent à l’ouvrier des ressources au moment du besoin ». Deux agences sont créées à Annecy et à Thonon en 1863, puis dans tous les chefs-lieux de canton en 1864.

En 1867, le préfet conjecture l’essor industriel de la Haute-Savoie grâce à l’essor de « l’industrie manufacturière et de l’industrie minérale ». L’usine textile Duport de Faverges l’illustre ; elle emploie 900 ouvriers sur 700 métiers à tisser en 1864. La concurrence d’autres établissements français est rude. La soierie, déjà touchée par la maladie des mûriers en 1853, se relève difficilement des crises qui l’ébranlent.

La manufacture d’Annecy et Pont, la plus importante du royaume sarde, compte 3 000 employés et produit 7 millions de mètres de tissu en 1858. Après fermeture en 1864, elle est reconstituée en société anonyme deux ans plus tard et n’emploie plus que 560 personnes.

Le chômage et la mendicité croissent après l’Annexion et affectent d’abord les femmes et les enfants. C’est seulement en 1874 que le nombre d’heures de travail diminue ; l’âge minimum d’embauche passe de 8 à 12 ans. L’enseignement primaire ne devient obligatoire qu’en 1882.

 L’instruction professionnelle est un vecteur de progrès technique et d’ascension sociale. L’activité horlogère, jusqu’alors en déclin, est relancée par l’ouverture en 1849 de l’École nationale d’horlogerie de Cluses. La formation d’une main d’œuvre qualifiée améliore la production des pièces destinées à l’assemblage des montres helvétiques. Cluses devient un centre d’impulsion et l’activité augmente dans les 16 communes des environs. En 1861, on compte « près de 2 000 ouvriers sur une population de 18 à 20 000 âmes », contre seulement 600 en 1846.