9 - Les composantes d'une croissance inédite 1960
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la refonte de l’économie française est une nécessité. L’État, décide d’agir par le biais des nationalisations et de la planification, soutenu par l’aide financière et technologique américaine. L’accent est mis sur les productions essentielles (charbon, acier, électricité) et exportatrices. S’ouvre une période de forte croissance économique, qui dure plus de 20 ans et qui correspond en Haute-Savoie à un développement sans précédent.

Avec un solde de natalité et d’immigration positif, la population départementale rattrape, puis dépasse, les effectifs de la fin du XIXe siècle. L’exode rural s’accélère en direction des centres urbains en pleine mutation (Annecy, Annemasse, Cluses…). Le monde agricole, touché directement par ces départs et dynamisé par la construction du marché européen, se modernise. Associations de producteurs, usage accru d’outils mécaniques et de produits phytosanitaires accompagnent une spécialisation agricole dans le domaine des produits laitiers. L’industrie des produits alimentaires prend son essor dans les années 1960 et transforme les productions en denrées commercialisables à grande échelle (fromageries Picon, Entremont, Reignier, compagnie générale du lait et sa crème « Mont-Blanc »…). 

L’industrie agro-alimentaire manifeste la vitalité nouvelle d’un département rajeuni et peu atteint par le chômage. Les besoins en infrastructures, notamment en logements, grandissent et font du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) un employeur important. Les constructions d’immeubles, de routes, mais aussi d’usines et de barrages se multiplient. Les industries contemporaines, loin de l’image des ateliers et manufactures de naguère, participent au renouveau de l’innovation en matière de productions et de procédés techniques. La croissance économique haut-savoyarde est largement le fait de petites et moyennes entreprises diversifiées, ce qui permet au département de faire face aux évolutions de conjoncture.

Les industries traditionnelles – le textile ou la papeterie – se développent en misant sur la qualité et les nouveaux marchés. Ainsi, les sociétés Fusalp, Eider ou Millet fabriquent des vêtements destinés à la pratique des sports de montagne, tandis que la société thononaise Zig-Zag propose des papiers à cigarette minces. Les puissantes familles Calliès et Aussedat font profiter les Papeteries de Cran des actions coordonnées avec la société Bull qu’elles dirigent. Les usines électrochimiques et électrométallurgiques de Chedde et du Giffre (société Ugine-Kuhlmann), deux symboles industriels de l’Entre-Deux guerres, continuent leurs activités au prix de fortes réorientations de productions (graphite, ferro-alliages…). En mal de capitaux, elles bénéficient de soutiens publics appréciés mais susceptibles d’aliéner leur gestion.