2 - Se diversifier pour se développer 1810
Au-delà de l’artisanat traditionnel, les paysans diversifient leurs activités, essentiellement pendant la saison d’hiver, et complètent leur revenu. Ainsi se transmet un savoir-faire horloger à Cluses et dans la vallée de l’Arve depuis le milieu du XVIIIe siècle. Une production familiale de pièces et de mécanismes s’écoule vers Genève.

L’enclavement engendre l’exploitation des ressources locales développant l’industrie verrière à Thorens et Alex. La fabrication de récipients utilise le bois des forêts proches, le sable de Cruseilles et du lac d’Annecy et les agriculteurs encadrés de maîtres-artisans forment la main-d’œuvre. Vers 1810, la production des verreries d’Alex s’exporte vers « L’Isle de France », la Suisse, les pays méditerranéens et même l’Amérique. Seulement 10 % des produits sont distribués sur le territoire savoyard. 

En parallèle, l’exploitation forestière s’intensifie avec l’implantation sur les cours d’eau de scieries mécaniques.

Les activités extractives et minières croissent. Trois mines de houille sont situées dans l’arrondissement d’Annecy, dont celle d’Entrevernes qui ouvre en 1794. Sa production est transportée vers Annecy par bateau et jusqu’à Genève. La verrerie des frères Colomb d’Annecy est en grande partie alimentée par cette houille. 53

Annecy est la principale ville industrielle de Savoie du nord et tente de concurrencer Genève par ses activités métallurgiques, textiles ou papetières. En 1804, le négociant lyonnais Duport établit une manufacture de coton dans l’ancien couvent des Clarisses. La filature mécanique est alimentée par les eaux du Thiou, bordées d’ateliers, et confectionne des toiles largement exportées. En 1813, les métiers à filer occupent 700 ouvriers, contre 410 en 1807. Des secteurs originaux – la soierie ou l’indiennerie – naissent de l’impulsion cotonnière. Chanvre, lin et mûrier sont cultivés dans l’arrondissement d’Annecy, notamment à Faverges.

Les Aussedat, papetiers depuis le XVIIe siècle, possèdent trois établissements en 1815. Le plus important se trouve à Cran et fonctionne grâce à l’énergie hydraulique. Sous le Premier Empire (1804-1815), les papeteries sont fortement protégées. La concurrence est écartée par les droits prohibitifs qui frappent les importations des productions étrangères. L’expansion de la production et l’innovation technique placent la papeterie savoyarde dans le sillage de l’industrie grenobloise. 

La fonderie de la famille Paccard, créée en 1796 à Quintal, sédentarise une activité itinérante et produit vers 1810 quelques dizaines de cloches par an.

Malgré une diversification, l’économie est malmenée par les bouleversements politiques et territoriaux, étouffée par des mesures drastiques ou menacée par l’ouverture à la concurrence. Le traité de Turin de 1816 délimite une large zone franche exemptée de droits de circulation des marchandises.